Studi Francesi

Studi Francesi , 2011, Elena Aschieri

 

Une correspondance qu’on lit comme un roman, une édition irréprochable.

 

Nous présentons ici les deux premiers volumes d’une correspondance riche et pleine d’éloquence entre la comtesse de Sabran et le chevalier de Boufflers. Cette édition est le fruit d’un travail minutieux dans les archives et de transcription des lettres de la part de Sue Carrell, spécialiste de la littérature épistolaire française du XVIII e siècle. Si en effet une partie des lettres avait déjà été publiée en 1875 et en 1891, seule cette nouvelle édition, établie à partir de manuscrits pour la plupart inédits, est fidèle à l’œuvre. Œuvre car nous nous trouvons devant un journal qu’on lit comme un roman.

Le sujet principal en est un amour heureux qui se poursuit sur toute une vie (dix ans dans ces deux volumes) et que nous pourrons suivre dans les deux prochains tomes. En 1777 le Prince de Ligne présente au Chevalier de Boufflers, célibataire, Mme de Sabran, veuve : malgré leur situation, les « convenances », et les intérêts familiaux, ils ne s’autorisent leur mariage qu’après la Révolution en 1797. Fidèle et tout en retenue, Mme de Sabran, dont la réputation ne fut jamais mise en doute, fait commencer la correspondance sous le signe d’une amitié fraternelle mais on perçoit dès le début qu’ils luttent contre une force invincible : ainsi les surnoms « ma sœur », « mon frère » laisseront place à « ma femme », « mon mari », plus présents après mai 1781 où ils passeront leur première nuit dans le « Lit Bleu » de la Comtesse. Le premier volume est ainsi intitulé par la chercheuse. Le second, « La Promesse », fait référence à leur promesse de s’écrire quotidiennement pendant l’éloignement, car en 1785 ils seront séparés : Boufflers est nommé gouverneur du Sénégal, statut qui lui permettra d’obtenir une situation économique et sociale digne de la Comtesse. [...]

L’édition, résultat d’une recherche initiée en 1986, est irréprochable. Les lettres ont été recueillies comme les protagonistes les ont probablement reçues, les dates ont permis un ordre chronologique mais une recherche approfondie fut nécessaire pour celles qui n’étaient pas datées. Sue Carrell classe les lettres en chapitres qui rappellent les étapes de l’histoire. [...] Les notes, riches et variées, nous présentent les personnages nommés, clarifient quelques éléments ou donnent une vision plus étendue du sujet. Problème politique, jeu de cartes du Pharaon, naissance et mort de la première fille de Marie-Antoinette, événements de la Cour : ces notes contiennent souvent des fragments d’autres correspondances de l’époque, renvoient aux œuvres d’auteurs plus ou moins bien connus et corrigent les imprécisions des deux épistoliers et des éditions précédentes. [...] Nous attendons avec impatience les prochains volumes qui compléteront ce travail plus qu’excellent. [traduction Stéphane Tristant]