Les Affiches de Normandie

Les Affiches de Normandie , 24/03/2010, Pierre Aubé

 

Des pages foisonnantes, sensibles, diverses, dont l’intérêt jamais ne faiblit. Quelle manne !

 

On a dit il y a peu l’exceptionnel intérêt de la Correspondance de la comtesse Éléonore de Sabran et du chevalier de Boufflers, où se révèle, par-delà la fraîcheur des sentiments, le meilleur d’un siècle qu’on a appelé celui de la grâce. En voici le deuxième tome, publié sous le titre La Promesse par Sue Carrell, éminente spécialiste américaine du XVIII e siècle, consacré aux seules années 1786-1787. Il faut bien avouer que notre bonheur de lecture est directement issu du malheur des amants. En 1785, le chevalier est nommé gouverneur du Sénégal. L’absence va réanimer un échange de lettres passionnées. La comtesse lui a préparé de belles feuilles soigneusement numérotées. Ils se sont promis de s’écrire tous les jours. Il tiendra sa promesse. Arrivé à l’île de Saint-Louis le 14 janvier 1786, le chevalier expédie son premier paquet de missives sur un vaisseau qui rentre en France en passant par Saint-Domingue. Il ne parviendra jamais à destination. La comtesse recevra un petit mot de Tenériffe en février, mais devra attendre des mois pour que s’engage vraiment un dialogue suivi. Boufflers fera deux séjours en Afrique. Ce document inestimable, double journal épistolaire, s’il vaut pour la connaissance de deux êtres, est aussi un témoignage de première main sur l’Afrique d’alors, les paysages et les conditions de vie, un peuple qu’il commence à respecter et aimer, à vouloir soustraire à une plaie endémique : l’esclavage. De France, la comtesse dit les aléas de la vie de cour, des tensions politiques nées de la crise financière et de la volonté des parlementaires de réunir des États généraux. On pourra regretter, certes, l’absence de tout index. Il reste l’essentiel : des pages foisonnantes, sensibles, diverses, dont l’intérêt jamais ne faiblit. Quelle manne !

 

 

Les Affiches de Normandie , 02/12/2009, Pierre Aubé

 

Ces lettres, où se révèle sans doute le meilleur du « siècle de la grâce », sont un authentique moment de bonheur.